Qu’est-ce que l’accessibilité numérique ?
L’accessibilité numérique ou, dans le cadre des sites web, accessibilité du web, est l’ensemble des pratiques permettant de rendre consultable et utilisable au plus de monde possible, l’ensemble des ressources et processus d’un outil informatique.
Avant d’aller plus loin, il est nécessaire de faire quelques précisions :
- Le numérique fait référence à tout ce qui s’utilise avec de l’informatique au sens large : les sites web, les documents PDF, les champs de saisie permettant de fournir des données, les applications mobiles et de tablettes, les logiciels de bureau… Le web est un sous-ensemble du numérique, il en fait partie.
- La notion de consultable est tout ce qui permet de lire du contenu : cela peut être le texte standard d’une page web ou d’une application, mais aussi les libellés des champs de formulaire, les textes des boutons, les images et vidéos, les documents PDF. Selon les dispositions de chaque personne, un contenu ne sera pas consulté de la même manière ; une personne aveugle ne consultera pas une image ou une vidéo de la même manière qu’une personne sourde, ou qu’une personne valide. Pour autant, ces contenus doivent être consultables par le plus de personnes possible.
- La notion d’utilisable est tout ce qui permet d’interagir avec du contenu : des boutons permettant d’effectuer des actions, des cases à cocher, des carrousels et diaporamas, des liens, remplir des informations et ainsi de suite. On souhaitera que le plus de monde possible puisse interagir avec ces contenus, qu’il s’agisse d’une personne avec des problèmes de motricité, d’une personne avec des problèmes de compréhension, ou d’une personne valide.
- Une ressource est tout ce qui se consulte : des pages web aux écrans d’application mobiles, mais également les images, vidéos, pièces jointes diverses.
- Un processus est une suite d’actions pour atteindre un objectif : remplir des informations pour s’inscrire, saisir des données pour commander sur un site e-commerce, réordonner des informations…
Pour résumer, l’accessibilité numérique consiste à ce que chaque personne puisse utiliser l’outil numérique à sa disposition. On peut faire le parallèle avec l’accessibilité dans le monde réel : un endroit considéré comme accessible permettra à toute personne de s’y rendre et de réaliser ce qu’elle souhaite y faire.
Parfois, on utilise le terme « A11Y » pour l’accessibilité. Ce numéronyme (acronyme fait avec un numéro au milieu) est la version courte de « accessibility », avec un « A », puis 11 lettres, puis « Y ». Ce terme est souvent utilisé dans les milieux techniques et d’initiés ; si vous souhaitez parler d’accessibilité à destination du grand public, prenez garde à n’exclure personne, tout le monde ne connaît pas ce terme.
Notions de handicap
Le Larousse définit le handicap comme ceci :
Sens 1 : « Limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société due à une altération des capacités sensorielles, physiques, mentales, cognitives ou psychiques. »
Sens 2 : « Désavantage qui met en état d’infériorité »
Pour donner un exemple habituel, une maison sur deux étages avec uniquement des escaliers sera peut-être accessible au rez-de-chaussée pour une personne en fauteuil roulant, mais cette dernière ne pourra pas se rendre au premier étage. Un bus sans rampe ne sera pas accessible aux personnes en fauteuil roulant.
Ces deux définitions, si l’on s’y attarde un peu, montrent d’autres notions essentielles de l’accessibilité :
- Cette définition ne parle pas de durée, ni de si c’est un handicap permanent. En effet, le handicap peut être contextuel et temporaire ! Dans l’accessibilité numérique, une personne n’ayant plus de batterie dans une souris sans fil sera en situation de handicap. Même pour un jeu vidéo, une manette qui a tendance à se déconnecter dès qu’elle est déplacée rendra l’utilisation du produit difficile.
- Cette définition présente une restriction de participation à la vie en société, qui peut mettre en état d’infériorité. C’est vrai, ne pas pouvoir accéder au premier étage d’une maison restreint la vie en société sur le moment. De la même manière, ne pas pouvoir lire un journal met en état d’infériorité par rapport aux personnes qui le peuvent. Ces exemples sont souvent associés à des handicaps permanents, être en fauteuil roulant ou aveugle. En réalité, le handicap pouvant être contextuel ou temporaire, ces situations d’infériorité ou d’exclusion peuvent se produire également pour des personnes valides : faire partie d’une conversation dans une langue étrangère et inconnue est excluant ; un match de baby-foot avec une main dans le plâtre est une limitation d’activité qui met en état d’infériorité.
Le but ici n’est pas de minimiser les handicaps permanents, mais de rappeler que toute personne peut se retrouver dans une situation de handicap, même si elle n’en a pas connaissance. Et cela va avoir des impacts concrets sur sa participation à la vie en société. En vacances dans une ville dont vous ne parlez pas la langue, vous visiterez davantage des endroits où vous pourrez profiter des activités sur place, et ce même inconsciemment.
Dans le cadre de l’accessibilité numérique, il est impossible de rendre les contenus accessibles à absolument tout le monde. Il n’est même pas souhaitable de rechercher cet état, parce qu’il réduira votre capacité à avancer. Comme le décrit parfaitement Heydon Pickering dans ses principes de l’accessibilité web1 :
Rien n’est – ni ne peut être – accessible à 100 %. Quiconque revendique une offre complètement accessible est un menteur, ou ne comprend pas l’accessibilité, ou les deux. Généralement c’est les deux. C’est acceptable de livrer un travail inaccessible, à condition qu’il soit davantage accessible qu’avant. Faites ce que vous pouvez au sein des contraintes données. Si les contraintes ne sont pas raisonnables, commencez par les remettre en question. Vous pouvez ne pas vous sentir être la meilleure personne disponible pour travailler sur l’accessibilité. Mais vous êtes disponible. Ne laissez pas le travail à des super-héro·ïnes de l’accessibilité qui sont absentes (et n’existent pas).
L’accessibilité numérique consiste à améliorer l’accessibilité au maximum pour votre cible. La définition de la cible est importante, et elle se doit d’être exhaustive. Deux exemples :
- Si vous proposez un service pour louer des voitures, toute personne pouvant bénéficier de votre service sera votre cible, ce qui est particulièrement large. On peut compter toute personne pouvant se rendre dans votre localité, qu’elle souhaite conduire elle-même ou être passagère du véhicule. Ce doit être une personne qui sait se rendre jusqu’à votre site donc qui connaît les rudiments de l’utilisation d’un ordinateur, d’une tablette ou d’un téléphone. Si l’on ajoute que cette personne sait utiliser des outils de traduction automatique, alors il n’est pas nécessaire de traduire le site dans toutes les langues écrites au monde.
- Si vous proposez une application de gestion de RH/paie, toute personne travaillant dans le domaine (débutante ou confirmée) doit pouvoir utiliser votre application. Cette personne a vraisemblablement des compétences de base en bureautique et en utilisation de l’outil informatique. Elle peut avoir des difficultés pour comprendre la langue, ou ne pas connaître parfaitement les définition des acronymes comme NIR, CP ou RTT, ou encore les tenants et aboutissants des règles administratives en vigueur.
Pour ces deux exemples, la personne utilisant l’outil peut également avoir des problèmes de daltonisme, ou de dyslexie, ou de handicap moteur ; ces handicaps ne devraient pas les empêcher totalement d’utiliser vos services.
On parle souvent de « personnes en situation de handicap » (PSH) ou de personnes « handicapées », souvent de manière interchangeable. Parfois, on entendra que « PSH » est un contournement hypocrite pour les personnes handicapées. A d’autres moments, on dira que dire « handicapé(e) » ramène une personne à uniquement son handicap et que c’est essentialisant.
Dans le cadre de l’accessibilité numérique, le handicap est souvent contextuel et temporaire : un rayon de soleil rendant difficile la lecture de l’écran de l’ordinateur entre 15h et 17h, des boutons trop petits sur une application mobile, une souris ayant du mal à détecter les mouvements de main, des textes trop petits et tous les tracas du quotidien, personne valide ou non. C’est pourquoi à ls-a, nous choisissons le terme de personnes en situation de handicap dans l’accessibilité numérique, pour souligner l’aspect parfois temporaire, parfois lié au matériel ou à l’environnement.
Comment améliore-t-on l’accessibilité ?
Pour améliorer l’accessibilité, il est nécessaire de savoir comment les personnes en situation de handicap utilisent votre site. Une personne ne comprenant pas votre langue utilisera sans doute un outil de traduction automatique ; une personne avec des problèmes de vue utilisera sans doute des contrastes forts ; une personne aveugle utilisera sans doute un lecteur d’écran, et ainsi de suite.
C’est indispensable, car il ne faut pas que vos aménagements soient en conflit avec les outils qu’utilisent déjà vos usagers. Par exemple, si vous proposez de lire automatiquement à l’oral vos écrits sans possibilité de le désactiver, les personnes avec un lecteur d’écran entendront le texte en double, ce qui rend votre outil inutilisable. Améliorer l’accessibilité, ce n’est pas toujours « ajouter des choses », c’est rendre les éléments actuels compréhensibles de toutes et tous.
Deuxièmement, pour améliorer l’accessibilité, il est nécessaire qu’un programme puisse comprendre votre site. Un programme n’a pas de réflexion propre ni de capacité de vision, mais il est en capacité de comprendre des standards. Ainsi, ce qui fait qu’un programme comprend que ce « gros texte en plein milieu » est le titre principal de votre page, ce n’est pas son positionnement, la taille des caractères ou la graisse (le texte en gras) ; c’est le fait que ce titre est référencé dans le code comme tel : une balise « titre de niveau 1 ». De la même manière, la légende d’une image n’est pas comprise comme telle parce qu’elle est « le texte en-dessous de l’image en italique », mais parce qu’elle a été définie comme telle dans le code. Le respect des standards est la clé pour améliorer considérablement et durablement l’accessibilité des outils. Quand on utilise les outils de génération no-code comme WordPress, Drupal, Joomla, Shopify, WiX et d’autres, nous n’avons pas la main sur le code et dans ce cas, l’accessibilité peut devenir un problème considérable. Si vous souhaitez utiliser des outils de no-code, renseignez-vous sur leur niveau d’accessibilité ainsi que ceux de leurs plugins, extensions et thèmes que vous souhaitez intégrer.
Un dernier point concernant les outils de génération comme l’intelligence artificielle : les intelligences artificielles peuvent vous induire en erreur sur les problématiques d’accessibilité. Les IA génératives répondent en fonction de votre question : plus celle-ci est précise, plus la réponse sera bonne. Si vous n’avez pas une connaissance de base sur l’accessibilité et la programmation, il est déconseillé de prendre leurs conseils pour argent comptant.
Cet article en anglais de Léonie Watson présente un exemple concret de demande liée à l’accessibilité concernant un bouton accessible2.
Suite de la série
Dans l’article suivant, nous parlerons de techniques de conception accessibles, tout en prenant le temps de présenter différents outils liés au handicap.